Désirs de nymphes – 1

Ils se présentaient comme des personnes fortunées dont la maison était si grande qu’ils l’utilisaient comme hôtel. Elle comportait trois chambres libres qu’ils louaient pour de très modestes sommes à de jeunes vacancières comme moi, le plus souvent des étudiantes. Au bord de la Méditerranée, c’était donné. Ils m’avaient envoyé leur photo et j’avais découvert un couple à l’apparence très sympathique. J’avoue avoir été attirée par l’homme, qui avait l’apparence de Scott Foley mais qui s’appelait Didier Blanchard. C’était un ingénieur en aéronautique. Quant à sa femme Judith, avec laquelle j’avais eu une conversation au téléphone, je lui trouvais un air très distingué. Elle était presque aussi grande que son mari – à moins qu’elle ne fût montée sur de hauts talons pour la photo. Ses longs cheveux noirs encadraient un très beau visage ovale aux yeux lumineux. Elle ne devait pas avoir dépassé les trente ans. Sur l’âge de Didier, j’avais du mal à me prononcer, mais puisqu’il avait acquis un diplôme d’ingénieur et qu’il avait eu le temps d’accumuler une petite fortune, je le supposais plus âgé que son épouse.

Ce qu’ils proposaient était une pension de famille : j’aurais une chambre à moi mais il n’y avait qu’une cuisine et une salle à manger pour tout le monde. La maison était en revanche équipée de deux salles de bains. Ils m’assuraient que l’ambiance serait excellente, ce dont pouvaient témoigner les autres locataires.

Voici pourquoi, un samedi en fin d’après-midi, je me retrouvai à la gare après un long et épuisant voyage en train, qui m’avait fait traverser toute la France. J’avais choisi de porter une robe sans manches, décorée de fleurs, qui révélait des jambes à la peau encore blanche.

Dès que je descendis du train, je fus assaillie par un air très chaud qui me donna raison de m’être habillée aussi légèrement. Pas de doute, j’étais bien arrivée à destination ! Le ciel était d’un bleu intense, malgré l’heure un peu tardive, et je regrettai de ne pas pouvoir contempler la mer, qui n’était pourtant située qu’à quelques kilomètres. Si je tenais à passer toutes mes vacances sur une plage, c’était parce que j’adorais nager et que je le faisais à peu près aussi aisément qu’un poisson. Le but n’était pas de m’allonger au soleil pour bronzer, mais je serais bien entendu amenée à le faire.

Je regardai les visages qui m’entouraient, sans reconnaître personne, puis j’avançai le long du quai en traînant ma grosse valise à roulettes. Outre cela, je n’avais qu’un petit sac à l’épaule. Dans le hall, je reconnus enfin mes futurs hôtes, qui me saluèrent par de grands sourires et un signe de la main.

Ils ont vraiment l’air charmant, me dis-je.

Nicolas avait vraiment la tête de Scott Foley, avec des cheveux bruns coiffés en une broussaille savante, dont une mèche lui tombait sur le front, et il avait une barbe de deux ou trois jours. Il était vêtu d’un bermuda et d’une chemisette de couleur claire. Son épouse était rayonnante. Je vérifiai tout de suite qu’elle était presque aussi grande que lui, car elle était dépourvue de talons. Sa tenue était très légère : elle se résumait à une petite jupe et à un bustier laissant voir les renflements de ses mamelons. De quoi attirer les regards ! J’avais déjà eu l’occasion d’admirer son visage ; je pus à présent regarder son corps, qui me sembla parfait.

« Bonjour, dis-je en arrivant devant eux, d’une petite voix timide. Je suis Karine Huet.

— Je vous ai reconnue, répondit Didier avec un grand sourire. Bienvenue chez nous. Si vous me le permettez, je vais prendre votre valise. »

Il se pencha vers moi pour saisir la poignée, provoquant un contact entre nos doigts qui me fit l’effet d’une décharge électrique.

« Merci, mais je peux…

— Vous avez deux bagages, et moi, rien, répondit-il.

— C’est déjà très gentil d’être venus me chercher. J’aurais pu prendre un taxi.

— Avec nous, vous êtes comme en famille, déclara Judith.

— Oui, je sais, mais je ne veux pas trop vous déranger.

— Nous sommes en vacances, alors nous avons tout notre temps. Si nous accueillons des pensionnaires, c’est pour le plaisir de nous faire des amis. Vous verrez que tout va très bien se passer.

Eh bien…

— Pour commencer, vous prendrez votre repas avec nous ce soir, puisqu’il est tard. »

Nous commençâmes à marcher vers la sortie de la gare, en louvoyant dans le flux des voyageurs et des personnes venues à leur rencontre.

Didier ouvrit la portière arrière de sa voiture, un imposant 4 × 4 de couleur noire, pour y mettre ma valise. Les vitres teintées rendaient presque invisible ce qui se trouvait à l’intérieur.

« Vous voulez monter à l’avant ? demanda-t-il.

— Euh… Non.

— Comme vous le voulez. »

Nous nous installâmes à nos places. Didier mit le contact et entama un trajet qui durerait plus d’une demi-heure. L’habitacle s’emplit d’un air modérément climatisé. Je tirai le bas de ma robe sur mes cuisses, comme pour les protéger du regard de Didier. Je pouvais voir ses yeux dans le rétroviseur intérieur.

« Alors, Karine, qu’avez-vous l’intention de faire pendant votre séjour ? s’enquit-il d’une voix détachée.

— Aller à la plage, bien sûr.

— Visiter l’arrière-pays ?

— Je ne peux pas me déplacer.

— Je vous conduirai où vous le voudrez.

— Mais…

— Je ne cherche absolument pas à m’imposer, mais comme je viens de vous le dire, Judith et moi, nous n’avons rien à faire de notre temps. Alors il ne faut pas hésiter à faire appel à nous. D’accord ?

— D’accord. Vous êtes en vacances jusqu’à la fin du mois ?

— Oui.

— Vous êtes dans votre résidence secondaire ?

— Oui, mais pour dire vrai, elle est beaucoup plus grande que notre résidence principale.

— Nous nous y rendons autant que possible, ajouta Judith. Tout au long de l’année.

— Ce serait dommage de ne pas en profiter, n’est-ce pas ?

— En effet. Et vous, Judith, vous travaillez ?

— On peut se tutoyer ?

— D’accord… Tu travailles ?

— Non. Ce n’est pas une nécessité pour moi.

— J’espère que je ne vous embête pas avec mes questions.

— Il n’y a pas de problème, déclara Didier. Tu finiras par tout savoir sur nous, puisque nous n’avons rien à cacher. »

Rien à cacher, c’était le cas de le dire !

Judith avait fait le geste inverse du mien, en retroussant sa jupe déjà très courte, et elle écartait les jambes comme pour s’offrir en spectacle à son mari. Et celui-ci ne ratait jamais une occasion de jeter un coup d’œil sur elle. Il faut dire que ses cuisses étaient d’un galbe parfait et qu’elles étaient artistiquement hâlées.

Je ne sais pas pourquoi, mais je me demandais si elle portait une culotte. De la banquette arrière, il était impossible d’obtenir une réponse.

J’ai l’impression que je suis tombée sur un couple très uni et assez coquin.

« Qu’est-ce que tu fais comme études ? s’enquit Judith.

— Je suis en licence de biologie. Je viens de terminer ma deuxième année.

— C’est intéressant, ça. Qu’est-ce que tu comptes faire après ?

— Je ne sais pas trop. Il faut d’abord que je réussisse ma licence. Si c’est le cas, je continuerai en master.

— Je te le souhaite. Et je pense que tu auras ta licence.

— Ouais… J’aimerais bien.

Tu as l’air douée.

— Il est vrai que jusqu’à maintenant, ça a plutôt bien marché, mais il faut énormément de travail.

— Profite de tes vacances pour te vider la tête. Ça te fera repartir du bon pied.

— J’espère. »

La conversation continua sur ce ton pendant tout le trajet. C’était surtout Judith qui parlait. Didier conduisait calmement, le regard fixé soit sur la route, soit sur les jambes de son épouse. Une fois, il ne put se retenir de mettre une main dessus, ce qui entraîna une réaction dans les limbes de mon esprit et de mon corps.

Moi aussi, j’aimerais avoir un copain qui pose ses mains sur moi.

Quand nous arrivâmes devant le portail de la propriété, le soleil était encore à une bonne distance de l’horizon puisque les journées étaient longues, mais il était presque neuf heures.

« Tu peux entrer et sortir par la petite porte qui est là, déclara Didier. Je te donnerai le code. Il te permettra de circuler librement, de nuit comme de jour.

— La nuit, je ne sais pas si ce sera utile.

— Se promener dehors quand la température baisse est très agréable, plus encore sur la plage. Je te conseille de le faire. »

La voiture franchit le portail et s’arrêta devant un garage. Mon chauffeur en sortit ma valise et me conduisit sur le seuil de sa demeure. Bâtie de plain-pied, elle ne ressemblait pas à un château, mais à vue de nez, elle avait une grande superficie.

« Ça ne te dérange pas de marcher pieds nus ? demanda Didier en retirant ses propres sandales pour les déposer dans l’entrée.

— Non, pas du tout, répondis-je en l’imitant.

— Le sol de toute la maison est recouvert de ce carrelage blanc. Nous veillons à ce qu’il reste très propre. Quand il fait chaud, c’est agréable de marcher dessus pieds nus, comme sur la pelouse qui entoure la maison.

Très bien. »

Nous passâmes devant une salle de séjour qui donnait sur une terrasse par l’intermédiaire d’une grande porte-fenêtre.

« C’est là que nous prenons nos repas quand le soleil n’y est pas, comme en ce moment, poursuivit Didier. Tu mangeras donc dehors ce soir.

D’accord.

— Tu peux voir notre piscine, qui est à ta disposition.

— C’est super.

— Je te conduis dans ta chambre. »

Nous y allâmes par un couloir. Tout en continuant à tirer ma valise, Didier ouvrit une porte.

Je regardai en souriant mon petit logement, avec son lit, son armoire, son bureau et un meuble sur lequel un téléviseur était posé.

« J’espère que tu te sentiras chez toi », fit Didier.

Je hochai la tête.

« Tu as besoin du wi-fi ?

— Non, j’ai mon smartphone.

— Tu peux écouter de la musique comme tu le veux. Cela ne nous dérange pas, du moins jusqu’à minuit. Tu as l’habitude de te coucher tard ?

— Vers minuit.

— Ces meubles sont tous vides. Tu peux y mettre tes affaires. »

Nous nous regardâmes droit dans les yeux et je me sentis troublée. Cette aura, cette manière de me dévisager…

« Tu dois être fatiguée après cette journée de train, supposa-t-il.

— Oui.

— Je te laisse te déshabiller et prendre une douche, si tu le veux. Après, ce sera le dîner. »

Il avait un peu appuyé sur le verbe « se déshabiller » et j’avais vu une lueur de désir passer dans ses yeux. Je sentis les battements de mon cœur s’amplifier.

« Et me rhabiller, je le peux aussi ? demandai-je.

— Ici, si tu veux te promener nue, il ne faut pas te gêner. Tu verras que les autres jeunes filles font comme cela.

— Ce sont des naturistes ?

— Oui.

— Moi, je n’en suis pas une.

— Je te laisse faire comme tu veux. Chacun est libre de se comporter à sa manière.

— Oui, mais… je parie que vous aimez voir des jeunes filles nues.

— Ce serait assez hypocrite de prétendre le contraire. Mais si cela te gêne, reste habillée. »

Tu parles si cela me gêne !

Mais une voix se leva dans un coin de mon esprit pour me dire que je tenterais peut-être l’expérience. Si ce comportement était jugé normal dans cette maison, il finirait par déteindre sur moi. Je n’avais aucune raison de me laisser étouffer par la pudeur.

« Et votre femme, qu’est-ce qu’elle en pense ? demandai-je.

— Rien.

— Mais vous n’invitez que des jeunes filles ? Des étudiantes ?

— Oui.

— Jamais des garçons ?

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que nous préférons les jeunes filles. C’est notre droit, non ?

— Bien sûr, mais…

— Mais quoi ? Je vous garantis que vous aimerez beaucoup vivre ici.

— Je l’espère. »

Didier me fit un clin d’œil, partit et referma la porte derrière lui.

Je restai debout, perplexe.

Où ai-je mis les pieds ? Dans un club de naturistes ? On ne m’avait pas dit cela.

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