Désirs de nymphes – 6

Je me dirigeai vers la face nord du col en essayant de ne pas marcher sur un caillou, mais en fin de compte, il n’y en avait pas beaucoup et je ne m’écorchai pas les pieds. Quelques dizaines de mètres plus loin, je n’en trouvai plus aucun. Le chemin s’était élargi et transformé en un affleurement de calcaire qui formait des dalles naturelles.

Je m’aperçus que j’avais franchi la porte sans m’en rendre compte, trop occupée à regarder le sol. Il faisait toujours aussi chaud, l’atmosphère était nettement plus humide et le soleil était voilé. Sur les collines, la végétation était aussi rare que de l’autre côté, mais en bas, une véritable forêt commençait. J’accélérai le pas pour y entrer, en foulant des lichens et des mousses d’une épaisseur toujours plus grande. Il n’y avait pas un seul brin d’herbe. Je ne fis qu’une pause, afin d’étaler sur mes cuisses le sperme qui s’était échappé de mon vagin. J’en mis également un peu sur mes bras, pour qu’ils puissent bénéficier des bienfaits de cet élixir. Il n’y avait pas que mon visage et mes seins qui comptaient. Je sentais que ce faux sperme aurait un effet sur mon appareil génital, mais je ne savais pas encore lequel.

En m’approchant de la forêt, je vis que ma première impression avait été bonne : les arbres ne ressemblaient en rien à ceux de la France. Mes connaissances en biologie, ou plutôt mes notions de paléontologie, me permirent de les reconnaître : c’était ceux du Carbonifère !

Il s’agissait une période qui s’étendait de trois cent soixante à trois cents millions d’années avant celle des hommes, au cours de laquelle la végétation terrestre s’était beaucoup développée, mais elle était moins évoluée que maintenant. Les plantes à fleurs n’existaient pas encore. Il y avait beaucoup de fougères arborescentes, que je distinguais nettement, de lycopodes et de prêles, qui atteignaient les quarante mètres de haut. Ces forêts anciennes, inondées puis enterrées sous des sédiments, étaient devenues des veines de charbon.

« C’est pas possible ! Pas possible ! » répétai-je à haute voix.

Avais-je vraiment remonté le temps, trois cents millions d’années en arrière ?

Les petites plantes que j’écrasais sous mes pieds me répondaient toutes par l’affirmative, car à cette époque, l’herbe n’existait pas. Le sol était surtout tapissé de mousses, dès qu’il y avait un peu d’humidité. Et cette humidité, je la sentais s’insinuer entre mes orteils.

Je restais pétrifiée très longtemps, stupéfaite, émerveillée mais également inquiète. Des insectes géants dominaient le ciel au Carbonifère : des libellules, mais aussi des blattes et des cafards. La terre était parcourue d’araignées et de scorpions plus grands qu’un être humain. Était-ce les prédateurs dont Didier avait parlé ? Les seuls vertébrés capables de s’aventurer hors de l’eau étaient des amphibiens et des reptiles primitifs, qu’il ne fallait sans doute pas craindre.

Mais non ! Didier a dit que l’on mange des fruits ! Or les fruits proviennent de fleurs fécondées !

Les plantes à fleurs existaient peut-être, mais dissimulées dans les sous-bois, à l’ombre des arbres géants.

Néanmoins, l’idée que le jardin d’Éden, où Adam et Ève vivaient nus, soit un souvenir du monde des satyres et des nymphes, et que celui-ci ressemble aux forêts du Carbonifère, était très plaisante.

Je me remis en marche en me sentant dans la peau d’une exploratrice découvrant un nouveau continent. Les buissons étaient à présent constitués de fougères à l’aspect familier. Ils montaient parfois assez hauts, en me caressant les jambes et les bras. Heureusement qu’il n’y avait pas de plantes épineuses ! Quelques arbres isolés m’entouraient et je faisais de courts arrêts pour les contempler.

La forêt ne s’étendait que là où le sol était horizontal. Mes pieds s’enfonçaient dans un épais tapis de mousses, d’où l’eau jaillissait. On ne voyait plus un seul centimètre carré de sol dénudé. Les énormes troncs des arbres m’encerclaient entièrement ; les buissons de fougères devenaient de plus en plus serrés. Malgré la densité de cette forêt, je ne rencontrais aucun obstacle, mais il était impossible de s’orienter. Le soleil ne me donnait aucune idée de la direction que je prenais car il était proche du zénith. Au début, je m’étais dirigée vers le nord, mais je n’étais plus du tout certaine d’avoir conservé ce cap.

J’écrasai tout à coup la main contre mon oreille, où un insecte venait de bourdonner. J’eus le temps de le voir s’enfuir et il ne me parut pas être de grande taille. C’était plutôt bon signe. Quelques instants plus tard, je découvris avec soulagement des petites fleurs aux pétales blancs qui émergeaient des mousses.

Non, ce n’est pas une forêt du Carbonifère, me dis-je en les caressant. Enfin, pas exactement. Ça y ressemble quand même beaucoup.

Je poursuivis ma route en traversant des rivières qui serpentaient entre les troncs. J’avais de l’eau jusqu’au ventre, parfois au-dessus de la poitrine, si bien qu’il valait mieux y nager que tenter d’y marcher. Voilà pourquoi il était préférable de ne pas s’habiller pour s’aventurer dans un tel endroit.

Une fois, je m’arrêtai pour regarder une masse sombre quitter le sol et disparaître dans l’eau à quelques mètres en aval. Un amphibien géant ? Ce n’était quand même pas très rassurant.

Tout ça, c’est très joli, mais il faudrait que je trouve les nymphes promises par Didier. Ou plutôt, qu’elles me trouvent. Je ne vais pas errer seule dans cette forêt jusqu’à la nuit tombée.

J’avais déjà parcouru plusieurs kilomètres, moi qui n’avais pas l’habitude de marcher.

Eh bien, puisque tu n’aimes pas marcher, nage !

Je pris donc la décision de suivre l’une de ces rivières, qui devaient bien aboutir quelque part. Je n’hésitai pas à y plonger, ce qui me mettait à l’abri des insectes. L’eau était chaude, douce et peut-être potable. C’était mieux qu’un bain dans la Méditerranée.

Cette décision s’avéra bonne, puisque peu de temps après, j’entendis une voix féminine dire :

« La nouvelle est arrivée ! »

Je tournai immédiatement la tête et vis plusieurs nymphes assises au bord de l’eau, qui me regardaient en souriant. Je quittai alors le milieu de la rivière et montai sur la rive en marchant sur un fond tapissé d’algues.

Ces nymphes, comme il se doit, incarnaient la jeunesse et la beauté, et ne possédaient pas d’autres ornements que leurs corps. Je remarquai que leurs longs cheveux étaient aussi trempés que les miens. Elles formaient tout de même un groupe hétérogène, avec des couleurs de peaux différentes. Je supposai que c’était de naissance.

« Tu viens de découvrir qui tu seras : une naïade », déclara celle qui venait de parler.

Elle me tendit la main pour m’aider à m’asseoir sur la rive. Ses gros mamelons étaient d’un noir d’encre, ainsi que ses cheveux et les poils de son pubis.

« Je m’appelle Aliwa, déclara-t-elle. Comme mes amies, je savais que tu allais venir.

— Ç’a été long.

— Mais ta promenade t’a plu ?

— J’avoue avoir eu peur de me retrouver seule dans cette forêt. Mais je la trouve magnifique. »

Je ne trouvai pas les mots pour parler du Carbonifère, ce qui signifiait que je ne parlais pas français, ni aucune autre langue moderne.

Les nymphes se pressèrent autour de moi pour explorer mon corps d’une manière fort peu discrète : leurs mains me palpèrent partout, y compris entre mes cuisses. Elles les écartèrent pour tâter mon sexe et y mettre un doigt très indiscret. Je n’appréciais pas une curiosité poussée aussi loin mais je les laissais faire par politesse. Dans ce monde, j’avais intérêt à me faire des amies.

Ceci dit, elles remarquèrent également les trous dans les lobes de mes oreilles.

« Nous en avons aussi, dirent-elles. Comme toi, nous sommes des mortelles devenues nymphes.

— C’est pourquoi vous avez des nombrils ? Vous êtes toutes sorties du ventre d’une femme ?

— Tout le monde en a, même les satyres. »

C’était Aliwa, pressée contre moi, qui venait de parler. J’avais en effet remarqué que Didier était doté d’un nombril, sans quoi il m’aurait paru très anormal, voire inquiétant. Mais j’avais d’autres questions à poser que celles sur l’origine des satyres.

« Quand es-tu arrivée ici ? demandai-je à Aliwa.

— Je ne peux pas te répondre, puisque nous avons perdu le compte des années. Mais ça fait très longtemps. »

J’imaginai qu’elle était une fille du Néolithique. Ou peut-être avait-elle vécu à l’âge de la pierre.

« Tu as rencontré un satyre qui t’a invitée à venir ici ? questionnai-je encore.

— Comme nous toutes. Comme toi aussi, n’est-ce pas ?

— Oui. J’ai été invitée à passer un jour et une nuit, puis à rentrer dans mon monde.

— Tu peux ne pas repartir, si tu le veux.

Mais je le dois.

— Pourquoi ?

— Parce que là-bas, mes parents m’attendent.

— Mais tu es en âge de te marier, donc tu dois les quitter. Pour moi, ça s’est fait très facilement. »

J’appris que ces nymphes avaient épousé un homme qui était en fait un satyre, et qui les avait conduites ici, ou avaient purement et simplement disparu. Elles avaient vécu en des temps où il était facile de passer pour morte.

« Mon époque ne ressemble pas à la vôtre, expliquai-je. Je ne peux pas rompre les liens avec mes parents, même après mon mariage. »

Comment leur dire que toutes les personnes que je connaissais avaient la possibilité de me joindre à tout moment, grâce à mon téléphone ? Malgré leur « intuition féminine », elles ne pouvaient sûrement pas comprendre cela.

« On peut croire que tu as été enlevée ou tuée, suggéra Aliwa.

— Maintenant, ce n’est plus possible. Les gens ne disparaissent pas comme cela. Alors je vous demande de me raccompagner à la porte demain matin. Vous en connaissez le chemin ?

— Oui.

— Vous n’avez jamais rencontré de filles comme moi, qui vous a dit qu’il n’était pas facile de quitter son monde ?

— Non. Mais nos deux mondes sont très vastes. Nous ne savons pas tout ce qui s’y passe. »

Après tout, les coutumes auxquelles j’obéissais étaient récentes et n’étaient pas répandues sur toute la Terre. L’ignorance des nymphes était compréhensible.

Je supposais aussi que Didier et Judith transformaient très peu de jeunes filles en nymphes. Certaines renonçaient probablement à vivre dans cette forêt. Pour moi, ce n’était pas gagné, et peut-être pour Chloé et Sylviane non plus. Malgré leur métamorphose, elles étaient restées en France. Je n’avais pas pris le temps de leur parler ; je le ferais à mon retour.

Je serrai la main d’Aliwa dans la mienne.

« Promets-moi que tu me raccompagneras, insistai-je.

— Je te le promets.

— Le satyre qui m’a conduite à la porte ce matin reviendra demain pour me reprendre. Il m’a dit que c’est la loi.

— Puisqu’il l’a dit, il faut lui obéir.

— Vous êtes soumises aux satyres ?

— Nous sommes libres, mais nous copulons tous les jours avec eux.

— Vous ne faites rien d’autre que copuler ? Bavarder, par exemple ? Vous amuser ?

— Si, bien sûr. Mais nous ne vivons pas ensemble. »

Mes paroles avaient rendu les nymphes encore plus curieuses. Elles continuaient à tourner autour de moi pour prendre mes cheveux entre leurs doigts, me tâter les épaules, les bras, les seins et les jambes, en faisant toutes sortes de commentaires. Elles disaient que ma métamorphose venait tout juste de commencer mais qu’elle était en bonne voie.

« Cet après-midi, tu verras ce que nous faisons avec les satyres, m’annoncèrent-elles.

— J’en ai hâte. Et je souhaite continuer à explorer cette forêt. J’espère qu’il y a des clairières, parce qu’être tout le temps entourée d’arbres immenses, je trouve cela oppressant. On ne voit pas le ciel.

— Bien sûr qu’il y a des clairières. Nous t’y emmènerons. »

La nymphe qui venait de parler était la plus claire de toutes : elle était blonde, avec des yeux lumineux comme des étoiles. Son bronzage léger indiquait qu’elle devait originellement avoir eu une peau très claire, et ses mamelons étaient roses. Elle était peut-être née deux ou trois mille ans avant moi sur les rives de la Baltique. J’avais retenu son nom : Hiordis.

Faire connaissance avec toutes ces filles serait fascinant, mais je n’en avais pas le temps et je devais me retenir de trop sympathiser avec elle, sous peine de ressentir de la peine en les quittant.

« Allons-y, dis-je en me levant.

— Un instant ! répondit Hiordis. Il y a quelque chose que tu dois faire avant, et qui nous ferait très plaisir. C’est comme cela que les nymphes deviennent amies.

— Qu’est-ce que c’est ? fis-je, piquée par la curiosité.

— Nous caresser. »

Je sentis une sorte de rétraction en moi.

« Mais… je serai avec vous pour une seule journée, rétorquai-je. Après, je partirai et je ne sais pas si je vous reverrai.

— Nous espérons très vivement te revoir. Et que tu fasses partie de notre groupe. »

J’étais assise sur la berge et Hiordis se trouvait devant moi, donc dans l’eau. Elle lui montait au-dessus du nombril. Elle m’écarta les genoux, que j’avais une tendance naturelle à serrer, puis elle chercha mon clitoris entre mes grandes lèvres. Celles-ci étaient bien développées, si bien que les petites lèvres portaient correctement leur nom : elles n’étaient pas visibles quand mon sexe était fermé.

« C’est ce qu’il y a de plus important en toi, m’expliqua-t-elle en commençant à chatouiller la partie la plus sensible de mon corps. Avec ton vagin.

— Et le reste, il ne compte pas ?

— Tu jouis avec ton sexe, n’est-ce pas ?

— Bien sûr.

— Nous n’avons rien d’autre à faire que jouir. C’est notre raison d’être. »

Ses chatouillis commençaient à produire un effet.

« Les nymphes ne sont pas censées être intelligentes ? repris-je.

— Si, mais ce n’est pas la peine d’avoir un corps si nous ne nous en servons pas. Les dieux n’en ont pas.

— Ah, ils existent ?

— Pourquoi me poses-tu cette question ?

— Pour rien. »

J’avais oublié qu’autrefois, tout le monde croyait aux dieux.

Hiordis avait retiré son doigt de mon clitoris pour me caresser les cuisses. Aliwa était toujours contre moi, avec des mains également baladeuses, et une troisième nymphe m’enlaçait par-derrière.

Elles sont vraiment très tactiles !

Il n’y avait pas beaucoup d’autres plaisirs à trouver dans cette forêt. Aller en boîte et regarder des DVD, ce n’était pas possible. On pouvait jouer à cache-cache entre les troncs ou s’amuser à se courir après. Je ne doutais pas que mes nouvelles amies le faisaient, mais il était vrai qu’elles ne pouvaient pas trouver un aussi agréable passe-temps que le sexe. Et quoi de mieux que ces frotti-frotta pour souder un groupe ?

J’invitai donc Hiordis à sortir de la rivière, ce qu’elle fit en mettant sa vulve à la hauteur de mon visage. Contrairement aux miennes, ses petites lèvres dépassaient largement de ses grandes lèvres. Les baisers et les étreintes entres filles, je les connaissais bien, mais je n’avais jamais pensé à un quelconque geste de nature sexuelle, pas même en rêve. Et pourtant, je venais de découvrir que j’étais capable de prendre du plaisir avec une femme. Si Hiordis avait poursuivi son excitation, j’aurais sûrement eu un orgasme. Je mis mes mains sur ses hanches, puis je les fis glisser plus haut et plus bas, ainsi que sur ses fesses, et je m’attaquai doucement à son sexe, dont je découvris le clitoris. Il me sembla être en érection. Je me mis à rendre ce qu’elle m’avait donné, sans aller plus loin.

C’était d’ailleurs une question de temps : j’avais onze nymphes à caresser et je ne pouvais pas y passer l’après-midi. Mon geste fut cependant très apprécié, par Hiordis d’abord, et par ses amies, qui se mirent à pousser des cris de joie. Les attouchements d’Aliwa reprirent de plus belle, surtout sur mes seins.

« Ils sont très beaux, me dit-elle, mais ils le seront plus encore dans un certain temps.

— Est-ce que tu as eu des enfants ? demandai-je.

Non. Aucune de nous n’en a eu et n’en aura jamais.

— Ça ne vous manque pas ?

— Les accouplements avec les satyres nous donnent tout ce dont nous avons besoin. »

Elle hésita tout de même avant de me dire la suite :

« Nos matrices sont en sommeil, par le pouvoir des satyres. Il ne reste plus que la capacité de jouir.

— Cela veut dire que vous n’avez plus de règles ?

— Oui. »

La fonction du sexe était reproductive chez quasiment tous les êtres vivants. Nymphes et satyres étant devenus stériles, cela avait radicalement changé la signification des actes sexuels. Mais à vrai dire, le changement était déjà apparu chez les êtres humains.

Je caressai le sexe d’Aliwa en m’abstenant de réfléchir à ce que je deviendrais si j’allais jusqu’au bout de ma métamorphose, puis je passai aux autres nymphes. L’effet que je ne souhaitais pas obtenir, me sentir plus proche d’elles, se produisit inévitablement. J’appris qu’elles s’offraient vraiment des orgasmes entre elles, mais que cela ne pouvait pas remplacer les relations sexuelles avec les satyres.

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